Voix.
Hell gratte, comme une dératée. Son seul sport d'ailleurs, il faut bien l'avouer: il n'y a que la plume qui court. L'analyse des opinions de la famille Hyun est en train de se transformer en manifeste pour l'intégration. Ou plutôt: contre la non-intégration. Parce que si son faible dictionnaire mental d'allemand lui permet de dénoncer tous les préjugés auquel se heurte l'intégration et les injustices qui en ressortent, pour expliquer ce qu'Hell pense être les éléments d'une bonne intégration, là, ça pêche. Hell sait bien ce qu'il faut mettre, et même ce qu'elle veut mettre. Que la méthode Hyun n'est pas la bonne. "Je peux le comprendre", écrit-Hell. "Mais je ne peux pas l'admettre", a-t-Hell envie d'ajouter. Admit? Aknowledge? Et en allemand? Bon, la transition passe aux oubliettes. Hell a envie de leur dire pour une fois, que non, européaniser son nom ne facilite pas l'intégration, que ça n'est qu'abdiquer dans le combat CoNtRe les préjugés et pOuR l'égalité, et que la vraie question n'est pas seulement ce que doivent faire les gens pour bien s'intégrer, mais ce que l'on doit faire pour leur permettre de s'intégrer. Hell a bien envie de dire que c'est à double sens, que c'est un problème vaste et profond, bref, envie de s'exprimer. Parce que là, oui, elle agit, elle pense, elle crée, elle vit, elle s'investit, pour une fois tout est là, c'est du live.
Le manque de vocabulaire lui fait relever la tête. Soleil, vent, les mêmes bruits, les mêmes toits. L'adrénaline retombe. Ce ne sont que des mots, une illusion de plus, d'ailleurs Hell n'a même pas d'idées claires. On croirait une enfant qui crie avec des mots savants, plus pour crier que pour dire vraiment quelque chose. Alors quoi, ce serait ça son unique vérité? De l'abstrait, du scolaire: encre, papier, conformisme et vocabulaire. Bizarrement, pour Hell, c'est quand l'épreuve s'arrête que la chape retombe au lieu de s'envoler. C'est à nouveau le vide, la lâcheté, l'inaction, l'absence de tout: opinions, envie, motivations, idée. Ils retournent tous à leurs occupations, L revient à Hell-même, c'est comme une claque. Merde, tout ça pour en arriver à du Pascal.
Sur la route, Hell voit ces mômes (oui, un an de décalage et ce sont des mômes, un point c'est tout XD ) revenir avec des bouteilles vide plein les bras. Hell pense, ça me rapelle quand nous...quel "nous"? Il n'y a pas de "nous", Hell n'a jamais été des leurs, ça n'était rien qu'un leurre, eNcOrE. Pourtant Hell a bien envie de la retrouver cette sensation, qui étrangement se rapproche de celle d'un examen. Etre hors de soi et plus que jamais dans le vif à la fois. Quand même penser devient réel. Heureusement, Hell ne médite pas plus longtemps car tombe sur Elles: la troisième chose réelle. "On pourrait faire ça, mimer, caricaturer des mijaurées!". Hell ne croit pas que leur jeu soit un art, tout ce qu'Hell touche ne se transforme pas en or, mais en merde. Oui, en merde, pas en cendre: le laid reste laid, pourquoi s'aveugler? Mais Hell en rit quand même, car elles sont elle-mêmes des caricatures: de L, de Hells, de Elles: sauce mixe pour la nouvelle recette Salad Bowl. Justement tiens, quand on parle d'intégration...Après, Elles rient, mais ça ne se raconte pas. Parce que ça, ça existe, c'est tout. Donc oui, plus fragile, plus éphémère, encore plus faux en quelque sorte, car il n'y a aucun moyen de le sauvegarder vraiment. Mais réel. Mais chut.
Silence
pix: by me